LES RESSUSCITÉS DU CENACOLO

Par Kasia Strek


C’est au bout d’une impasse que se trouve l’entrée du Cenacolo. L’allée en pente raide qui sépare le portail du bâtiment principal agit comme un sas : pour rejoindre les 46 membres de la communauté, il faut sortir du monde. Ici, pas de télévision, pas d’Internet, ni de téléphone portable. C’est une ferme de onze hectares avec un potager, un poulailler, un pré où paissent quelques vaches… et une chapelle.

C’est entre cette dernière et les travaux physiques que se partagent les journées des « frères », anciens toxicomanes, alcooliques, rescapés de la rue… Lever à 6 heures, deux chapelets par jour, autant de douches par semaine. Une vie rude, quasi monastique. L’ascèse nécessaire à la lente reconstruction de ces grands brûlés de la vie.

La devise bénédictine Ora et labora, « prie et travaille », pourrait bien s’appliquer ici. Mais celle du Cenacolo est une autre phrase que beaucoup ne s’étaient jamais entendu dire : « C’est beau que tu existes ! »

Les gars d’ici ont soif de tout, parce qu’ils n’ont rien. Les gamins de la Ddass n’ont jamais reçu l’amour d’un père et d’une mère. Les petits dealers n’ont connu que des amitiés intéressées. La vérité et la joie étaient absentes de ces vies de mensonge et d’isolement.

Ils vivent désormais entre eux, sans religieux à demeure et, plus déroutant, sans personnel médical. Aucun membre de la communauté ne fait l’objet d’un traitement. Un pari risqué ? « La toxicomanie n’est pas une maladie, c’est une mentalité tordue », répond Franco Gedda, le responsable de la communauté (…). Gauthier Vaillant.