LES ENFANTS PRENNENT LEUR DESTIN EN MAIN

Par Jean-Matthieu GAUTIER


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Le premier soir, Chennai m’est apparue on ne peut plus indienne et pour cela je l’ai aimée d’emblée, comme un amour de jeunesse quitté sur un quai de gare et qu’on retrouve vingt ans plus tard, dont même les rides nous semblent magnifiques. Ce premier soir, nous sommes allés à la plage de Chennai qui ne vaut pas celle de Bombay mais où j’ai retrouvé mon Inde de toujours. Celle des couleurs criardes malgré la nuit tombée, des odeurs affolantes, du regard amusé des hommes, de l’air craintif des femmes, et le bruit du ressac, arrivé tout au bord, m’a renvoyé loin en arrière, à cette époque où, vingt-cinq ans ou pas, je n’étais qu’un adolescent. Une bande de sadhus est venue se poster sur le bord de cette plage que longe un imposant fossé creusé par la vague immense du tsunami de décembre 2004, laquelle, en abordant Chennai avec la brutalité qu’on lui connait avait causé un nombre incommensurable de dégâts humains et matériels. Contrairement aux attentes que l’on peut avoir face à ce genre de personnages en raison de leur statut, nous avons vus notre bande de sadhus se mettre à jouer au bord des vagues comme des enfants frais échappés d’une salle de classe où les retenait depuis trop longtemps une maîtresse sévère.

Avec Stéphanie, une rédactrice de La Vie, nous avons justement tourné pendant quatre jours dans des écoles et dans des bidonvilles soutenus par l’Association Asmae, soeur Emmanuelle, et rencontré quantités de gens assez passionnants, en tout cas passionnés, des gens qui osaient s’engager, taper du poing sur la table… Au milieu de tout cela il y avait la rue, celle où tout vit en Inde, où tout se passe.