EN VOIE DE DISPARITION

par Olivier Donnars


Le dernier coup de sifflet est pour bientôt. Sur la quinzaine de lignes ferroviaires de nuit qui sillonnaient la France il y a tout juste dix ans, il n’en reste que quatre. Le Paris – Nice, jugé cher et vieillissant, a disparu le 8 décembre 2017. Àbord de ces trains en sursis, des nostalgiques de la grande époque des wagons-lits, des voyageurs peu pressés et des écolos prêts à défendre ce moyen de transport participant au désenclavement du territoire français.

Il est 20h30, gare d’Austerlitz. L’intérieur de la gare fourmille en cette veille de week-end. Les voyageurs se pressent à la sandwicherie pour un dernier en-cas avant de s’enfermer dans leur compartiment couchette. Pour la plupart, c’est un voyage de plus de dix heures qui les attend. Cette nuit, direction Perpignan et Port Bou en Espagne, terminus de la ligne, à bord de l’Intercités 3731. Soit douze heures de train, ou « Perpignan à une heure de Paris », comme l’avance le collectif Oui au train de nuit ! : « Trente minutes pour s’endormir, trente minutes pour se réveiller ! » « Avec le train de nuit, je peux partir tard le soir, arriver tôt le matin et profiter de ma famille tout le week-end avant de revenir travailler à Paris, » confie Agnès dont la famille habite Castelnaudary. En semaine, il n’est pas rare de croiser des travailleurs et des hommes d’affaires montant à Paris. Pas de nuit d’hôtel à payer, pas de journée perdue dans le TGV, l’Intercités les dépose dès 7h pour être prêts à aller travailler. Malgré le confort spartiate et le service restreint – après le wagon-restaurant, les distributeurs de boissons ont à leur tour été supprimés –, les voyageurs restent très attachés à la ligne. Une envie de voyage plus que de transport.

Mais depuis 2007, la SNCF s’emploie à supprimer un à un ses trains de nuit au profit du tout-TGV, jugé plus rentable que les obsolètes wagons datant des années 1970. Mais des usagers se mobilisent pour maintenir le voyage de nuit. Au printemps dernier, un accord a été trouvé pour que le train Paris-Cerbère, supprimé en décembre 2016, circule de nouveau les week-ends et durant les vacances scolaires.